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Bordeaux-Toulouse : où passera le TGV
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01/06/2010 - La Dépêche  JEAN-MARIE DECORSE, PIERRE SAUVEY ET J. SCHREP

Voir les témoignages de BENOÎT ROSA FEUGAROLLES (47) VITICULTEUR 31 ANS et JEANINE BESACCHI XAINTRAILLES (47) RETRAITÉE 67 ANS (en bas de l'article)

LGV_Fuseau_fin_mai_2010Réuni hier à la préfecture de Gironde, le comité de pilotage des Grands projets du Sud-ouest a défini le couloir de 1000 mètres où passera le futur tran à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux Hendaye. Une étape essentielle a été franchie hier avec la définition du couloir de 1000 mètres qu'empruntera dans dix ans le futur TGV Bordeaux-Toulouse. Il fallait cette réunion décisive du Comité de pilotage (Copil) réunie à Bordeaux pour entériner le fuseau de la future Ligne à grande vitesse promise pour 2018-2020. Composé d'élus, des préfets de région et de Réseau Ferré de France, le Copil a rendu ses arbitrages dans un dossier maintes fois revu et corrigé, les propositions de RFF ayant souvent été amendées pour tenter de coller aux enjeux économiques et environnementaux.

Ce fut le cas dans la région bordelaise des Graves où une douzaine de « châteaux » était concernée, mais aussi dans les vignobles du frontonnais, entre Montauban et Toulouse où 240 hectares de surfaces cultivées ainsi que 40 exploitations seront impactés au final. Hier, des responsables d'associations de défense manifestaient encore devant la préfecture girondine.

LE FUSEAU D L'EMPORTE, AU GRAND DAM DES ASSOCIATIONS

Autre sujet très polémique, sur la portion Bordeaux-Hendaye cette fois : le bout de la ligne à grande vitesse vers la frontière espagnole. Face à l'opposition des élus des Pyrénées-Atlantiques, le TGV ne passera pas sur remblais et il a été admis le principe d'enterrer sur la moitié de la distance la voie ferrée pour limiter l'impact du tracé. Soixante maisons seront toutefois détruites. On en avait comptabilisé 2 350 au départ 2350…

Comme on pouvait s'y attendre, ce Copil n'a été qu'une formalité, les recommandations de RFF ayant été entendues avec le choix du fuseau « D » sur les quatre itinéraires en balance entre Toulouse et Montauban.

De fait, les associations, dont le Collectif pour la sauvegarde de nos villages, ont été déboutées. Dans leurs rangs, c'est l'incompréhension, d'autant que Jean-Louis Borloo, présent dans le Lot-et-Garonne vendredi, avait indiqué vouloir « provoquer le moins de nuisances possibles ».

Hier, le préfet coordinateur des grands projets du Sud-Ouest (GPSO), a bien précisé que toutes les mesures seraient prises pour limiter les conséquences du passage de la LGV. Ainsi, un tunnel de deux kilomètres sera bel et bien construit au nord de Toulouse entre Pompignan et Saint-Rustice. Dans les zones urbanisées sensibles, seront engagés des travaux de protection phoniques sous la forme de tranchées couvertes. Une attention particulière » sera portée notamment sur Lacourt-Saint-Pierre et Montbeton. C'est au tour de Dominique Busserau, le ministre des Transports, de valider maintenant ces conclusions.

Jean-Marie Decorse et Pierre Sauvey

 

le calendrier

Et maintenant... Avec la définition de ce fuseau adressé dans la foulée au Premier ministre pour approbation, l'étape 2 des études des GPSO va pouvoir réellement commencer.

Quatre grands objectifs.

- Il va falloir définir le programme de chaque gare TAGV (train apte à la grande vitesse) et halte SR-GV (services régionaux à grande vitesse). Des gares nouvelles sont prévues, rappelons-le, à Montauban, Agen

- On passe de la notion de «fuseau» (1 000 m) à celle de «tracé» sous forme d'une bande de 500 mètres maximum.

• Il reste aussi dé définir les fonctionnalités des lignes nouvelles et de leurs conditions d'exploitation.

- La concertation avec les acteurs locaux va se poursuivre pour «répondre encore davantage aux préoccupations et enjeux des territoires», dit le Copil.

Le chiffre : 4,5

millions> Voyageurs. Les prévisions de trafic montrent que la mise en service des GPSO générerait un gain de trafic d'environ 4,5 millions de voyageurs par an dans les trains et services régionaux à grande vitesse entre Bordeaux, Toulouse et l'Espagne.

« Le Comité de pilotage demande à RFF de prendre en compte les nombreuses préconisations des élus pour la recherche du meilleur tracé ». Dominique Schmitt, préfet coordinateur du projet.

 

Témoignages

BENOÎT ROSA FEUGAROLLES (47) VITICULTEUR 31 ANS

« Je suis dégoûté par ce projet de Ligne à grande vitesse, découragé, anéanti. J'ai stoppé tous mes projets, comme celui de construire ma maison au milieu de mes vignes. Tout est arrêté, je suis suspendu à la publication du tracé. Déjà je suis en plein milieu du tracé de 1 000 m. Mais on imagine bien, avec les relevés qu'ils ont effectués, et aussi par rapport à son origine et à sa destination, où va passer la ligne. Pour moi ça sera au coin de ma parcelle de 20 ha et ça sera une catastrophe. Toute ma vigne est implantée pour rationaliser la taille, le ramassage. Là je n'aurai que des « pointes ». Je me bats pour que ça n'arrive pas, qu'ils fassent rouler le train sur la ligne existante rénovée. Mais si la LGV devait se faire ici, j'envisage de partir. Vous comprenez, mon père qui était agriculteur en plaine, a déjà été exproprié quand ils ont fait l'A62. Aujourd'hui la ferme est coincée entre la route et l'autoroute. On nous a permis de racheter des terres sur le coteau et on a mis 30 ans à en faire quelque chose de bien. J'ai 31 ans, je crois en mon métier. Mais là… »

 

JEANINE BESACCHI XAINTRAILLES (47) RETRAITÉE 67 ANS

« Le projet de ligne à grande vitesse, je l'ai su par le journal, cet automne. Avant je n'en avais jamais entendu parler. Quand j'ai appris la nouvelle, que le tracé passait devant ma maison, en plein milieu des coteaux, que le paysage allait être déchiré par un immense viaduc que j'aurai tous les matins sous les yeux en ouvrant t mes fenêtres, ça a été comme si on me menait à l'échafaud. C'est l'anéantissement le plus total. Cette maison était à mes parents. J'en ai hérité, et depuis 6 ans, avec mon compagnon, Michel, on a entamé des travaux de rénovation de la grange, dans laquelle on vit désormais. Ils ne sont pas finis. On les a arrêtés. Pour moi c'est le travail de toute une vie qu'on détruit : la mienne mais aussi celle de mes parents. Je vois ma maison rasée et tout le paysage démoli à jamais. Dans le jardin il y a un chêne, un acacia, il faut deux ou trois vies pour les faire pousser. Pour mon voisin, né ici à la ferme en 1942, et dont la famille vit sur ces terres depuis plus d'un siècle, c'est pareil. Qu'est-ce qu'on va laisser à nos enfants ? Des rails ? ».

 

 

 

 

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